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France compétences : rapport annuel 2025, 1,05 million d'apprentis mais financement du système en déficit de 6,2 Md€

France compétences, l'autorité nationale de financement et de régulation de la formation professionnelle et de l'apprentissage, publie ce 30 mai son rapport annuel sur l'exercice 2025. Si le nombre d'apprentis atteint un nouveau record historique à 1,05 million, la croissance ralentit nettement et le déficit structurel de l'opérateur approche les 6,2 milliards d'euros, posant une question de financement que le prochain gouvernement devra trancher.

Source : France compétences, « Rapport annuel 2025 sur l'apprentissage et la formation professionnelle continue », mai 2026. Document disponible sur francecompetences.fr.

Un million d'apprentis : le record et son tassement

La France comptait 1 054 000 apprentis en formation au 31 décembre 2025, soit une progression de 3 % par rapport à 2024. Ce niveau constitue un record absolu depuis la réforme de la loi pour la liberté de choisir son avenir professionnel d'août 2018, qui a profondément libéralisé le système. Toutefois, le rythme de progression marque un net ralentissement : la croissance annuelle moyenne avait été de 15 % entre 2019 et 2023, portée par les aides exceptionnelles mises en place pendant la crise sanitaire et prolongées jusqu'en 2023.

Les trois secteurs les plus représentés sont le commerce et la distribution (22 % des contrats), l'industrie et la fabrication (19 %) et le bâtiment et les travaux publics (16 %). Les filières de l'enseignement supérieur concentrent désormais 42 % des apprentis, contre 28 % en 2019, ce qui traduit une montée en gamme des niveaux de formation mais soulève des questions sur la couverture des besoins en qualification dans les métiers manuels.

Apprentissage en France , Chiffres clés 2025
Nombre d'apprentis (fin 2025)1 054 000
Croissance annuelle 2025+3 % (vs +15 %/an en moy. 2019-2023)
Taux d'insertion à 6 mois post-contrat68 %
Part des moins de 25 ans75 %
Coût moyen formation par apprenti11 200 €/an
Déficit France compétences (estimé 2026)6,2 Md€

Un financement sous tension structurelle

France compétences est financé principalement par la contribution unique à la formation professionnelle et à l'apprentissage (CUFPA) prélevée sur les entreprises. Cette contribution a rapporté 9,8 milliards d'euros en 2025. Mais les dépenses du système, portées par l'explosion du nombre de contrats, ont atteint 16,1 milliards d'euros, laissant un solde négatif que France compétences doit combler par emprunt ou arbitrage avec les régions et l'État.

Le rapport identifie trois facteurs d'aggravation du déséquilibre : la hausse du coût moyen par apprenti liée à la montée en gamme vers le supérieur, l'absence de plafonnement des aides à l'embauche pour les entreprises de plus de 250 salariés, et le maintien d'un taux de CUFPA inchangé depuis 2019 malgré la progression des dépenses. France compétences formule trois recommandations : moduler les niveaux de prise en charge selon le type d'employeur, réviser le barème des coûts-contrats tous les deux ans, et ouvrir une concertation sur le niveau de CUFPA avant fin 2026.

Emploi des jeunes et formation professionnelle au coeur de 2027

L'apprentissage et la formation professionnelle constituent l'un des grands thèmes de la présidentielle à venir. Le bilan de France Travail publié par la Cour des comptes le 29 mai soulignait déjà que l'objectif de 5 % de chômage en 2027 suppose une amélioration significative de l'insertion professionnelle des jeunes et des personnes peu qualifiées. Les statistiques d'avril 2026 de France Travail montraient un chômage de longue durée en hausse à 45,2 % des inscrits.

Le taux d'insertion à six mois post-contrat d'apprentissage est de 68 %, en légère baisse par rapport aux 71 % enregistrés en 2023. Cette évolution s'explique en partie par le ralentissement conjoncturel dans l'industrie et le bâtiment, deux secteurs où la demande de main-d'oeuvre qualifiée reste structurellement forte selon l'OFCE.

La question du financement s'inscrit directement dans le cadre de la loi de programmation des finances publiques 2026-2031 : le texte prévoit une progression des dépenses des opérateurs de formation plafonnée à 1 % par an en volume, ce qui est incompatible avec le maintien du système actuel sans réforme de son financement.