La Cour des comptes publie ce 29 mai son premier rapport d'évaluation de France Travail, l'opérateur public de l'emploi issu de la transformation de Pôle Emploi au 1er janvier 2024. Si l'accompagnement des publics les plus éloignés de l'emploi progresse, la haute juridiction financière formule huit recommandations pour clarifier la gouvernance, stabiliser le financement et renforcer l'évaluation du dispositif à l'approche d'une échéance présidentielle où l'emploi figure en tête des préoccupations des Français.
Source : Cour des comptes, « Premier bilan de France Travail à 18 mois », rapport public thématique, mai 2026. Document disponible sur ccomptes.fr.
La loi pour le plein emploi du 18 décembre 2023 a transformé Pôle Emploi en France Travail en lui confiant un rôle de coordination renforcée entre l'ensemble des acteurs de l'insertion : caisses d'allocations familiales (CAF) pour les allocataires du RSA, missions locales pour les jeunes de 16 à 25 ans, Cap emploi pour les personnes en situation de handicap, et communes signataires de France Travail. L'objectif affiché par le gouvernement était d'atteindre un taux de chômage de 5 % à l'horizon 2027.
Au 31 mars 2026, France Travail comptait 56 400 agents, un réseau de 895 agences et 268 espaces France Travail, et gérait 6,7 milliards d'euros de budget de fonctionnement annuel, dont 4,1 milliards dédiés à l'accompagnement. En 18 mois, 1,2 million d'allocataires du RSA ont été intégrés dans un parcours d'accompagnement renforcé, une nouveauté liée à l'obligation d'inscription de tous les bénéficiaires du RSA créée par la loi de 2023.
Le rapport constate une amélioration mesurable du taux de retour à l'emploi durable à six mois : 43 % pour les demandeurs d'emploi accompagnés par France Travail au premier trimestre 2026, contre 38 % en 2023 dans le régime Pôle Emploi. La Cour attribue ce progrès en partie à l'intensification des contacts (fréquence de suivi portée à un rendez-vous toutes les trois semaines pour les profils les plus précaires) et au développement des services numériques.
Toutefois, les résultats sont nettement plus contrastés pour les publics les plus éloignés de l'emploi. Le taux de sortie vers l'emploi des allocataires du RSA intégrés dans les nouveaux parcours plafonne à 18 % à six mois, un niveau que la Cour juge « insuffisant au regard des moyens engagés ». Les missions locales, auxquelles ont été transférées de nouvelles charges sans dotation budgétaire correspondante, signalent des tensions importantes sur leurs effectifs. La Cour relève également des disparités territoriales : les départements ruraux ou ultramarins présentent des taux d'intégration en parcours inférieurs de 12 points à la moyenne nationale.
Les huit recommandations de la Cour s'articulent autour de trois axes :
La Cour souligne également que l'objectif gouvernemental de 5 % de chômage en 2027 suppose une conjoncture économique plus favorable que les prévisions actuelles. L'OCDE projetait en mai 2026 un taux de chômage de 7,2 % pour 2026 et 7,0 % pour 2027, ce qui est significativement au-dessus de la cible gouvernementale.
L'emploi et le pouvoir d'achat constituent, selon les enquêtes d'opinion, les deux premières priorités des électeurs pour 2027. Le rapport de la Cour des comptes arrive dans un contexte où les statistiques d'avril 2026 montraient 2,856 millions de demandeurs d'emploi en catégorie A, avec une hausse préoccupante du chômage des seniors et du chômage de longue durée.
La question du financement de France Travail s'insère directement dans le débat budgétaire encadré par la loi de programmation des finances publiques 2026-2031 présentée en Conseil des ministres le 27 mai. Le texte prévoit une progression des dépenses de l'Unédic plafonnée, ce qui contraint les marges de manoeuvre de l'opérateur.
Enfin, la question de l'accompagnement des allocataires du RSA, dont la réforme constitue le volet le plus controversé de la loi plein emploi, est susceptible de nourrir plusieurs programmes présidentiels : certains souhaitent renforcer l'obligation d'activité, d'autres plaident pour un revenu universel découplé des exigences d'insertion.