CESE : un avis sur la crise du logement adopté avant la présidentielle 2027
Le 10 mai 2026, le Conseil économique, social et environnemental (CESE) adopte en séance plénière un avis intitulé « Logement : construire mieux, accéder pour tous ». Le document dresse l'état des lieux d'une crise structurelle et formule des recommandations à l'attention des pouvoirs publics. Le logement figure régulièrement en tête des préoccupations des Français et constitue un sujet de fond pour la présidentielle 2027.
Sources : CESE (lecese.fr), Fondation Abbé Pierre, INSEE statistiques logement, Union sociale pour l'habitat (USH).
Un déficit structurel confirmé par les chiffres
L'avis du CESE s'appuie sur des données consolidées pour 2025. On y relève que 2,3 millions de ménages sont en attente d'un logement social (HLM), un chiffre stable depuis trois ans qui traduit un déséquilibre entre l'offre et la demande persistant dans les grandes agglomérations et les zones périurbaines. La Fondation Abbé Pierre estime à 4,1 millions le nombre de personnes « mal logées » en France, toutes situations confondues (surpeuplement, privation de confort, hébergement contraint).
Le CESE souligne que la construction neuve a reculé à environ 270 000 logements mis en chantier en 2025, contre un objectif gouvernemental de 400 000. Ce recul résulte d'une conjonction de facteurs : renchérissement des coûts de construction (hausse de 32 % depuis 2020), remontée des taux d'emprunt entre 2022 et 2024, et difficultés de financement des bailleurs sociaux après la réduction de loyer de solidarité (RLS) appliquée depuis 2018.
Par ailleurs, l'effort des ménages consacré au logement (loyer ou remboursement d'emprunt, charges comprises) représente désormais en moyenne 27 % du revenu disponible, contre 19 % au début des années 2000. Cet écart est plus marqué pour les locataires du parc privé en zones tendues, où le taux d'effort peut dépasser 40 % pour les ménages modestes.
Les recommandations formulées par le CESE
L'avis formule plusieurs recommandations à destination du législateur et du gouvernement. Il préconise en premier lieu de renforcer le financement du logement social par une révision des prêts locatifs aidés (PLA-I, PLUS, PLS) et par la mobilisation du fonds épargne de la Caisse des Dépôts. Il recommande également d'accélérer la libération du foncier public à des prix maîtrisés, en s'appuyant sur l'établissement public foncier (EPF) et sur les collectivités locales.
En matière de rénovation énergétique, le CESE appelle à amplifier le programme MaPrimeRénov' et à conditionner davantage les aides aux rénovations globales plutôt qu'aux gestes isolés, afin de réduire simultanément les émissions de CO₂ et les charges énergétiques des ménages, deux paramètres liés au pouvoir d'achat. Concernant les zones tendues, l'avis recommande d'étendre les dispositifs d'encadrement des loyers au-delà des communes qui l'ont mis en œuvre à titre expérimental.
Pourquoi cela peut compter pour 2027
Le logement mobilise des thèmes transversaux qui traversent le débat présidentiel : pouvoir d'achat et niveau de vie des classes moyennes et populaires, accès des jeunes à l'autonomie résidentielle, répartition des populations entre métropoles et territoires, financement public et rôle de l'État dans l'économie. Ces questions seront probablement présentes dans les programmes de la plupart des formations politiques engagées dans la campagne de 2027.
L'avis du CESE n'est pas contraignant : il s'agit d'une recommandation émanant de l'assemblée consultative des partenaires sociaux et de la société civile organisée. Il n'engage ni le gouvernement ni le Parlement. Il contribue néanmoins à documenter et à structurer le débat public sur un sujet identifié comme prioritaire par une large majorité des citoyens.
Cet article ne mesure aucun rapport de force politique et ne permet pas de tirer de conclusion sur la présidentielle 2027. Il enregistre seulement la publication d'un document institutionnel majeur sur le logement.
